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Trois artistes issues de la diversité et diplômées de l’AcadémieRoyale des Beaux-Arts de Bruxelles
exposent du 23 septembre au3 octobre 2021 à la Maison Stepman
Une diversité qui apparaît aussi dans leur vision du Beau
Samira Jamouchi: Qu’est-ce qui vous a conduit à entamer et à poursuivre desétudes artistiques ?
Zineb Azmani: Petite j’aimais dessiner, c’était ma manière d’exprimer mesressentis intérieurs. Mon institutrice de première année primaire aimait mesdessins et les affichaient au mur. Mais avant cela j’avais eu une institutrice quiétait tout l’inverse où j’étais oublié et invisible pour elle dans le fond de la classe.
S. J. : Quelles sont les visites d’exposition, les auteurs et les contes de l’enfancequi étaient présents dans votre entourage direct ou indirect?
Z. A. : Mes frères et soeurs ainés avec d’autres grands enfants italiens etespagnols organisaient des activités et sorties pour les plus petits. Ainsi nous allions au parc duCinquantenaire visiter le musée sur la Grèce, l’art égyptien et musée de la guerre, c’est comme ça que j’aipu découvrir les momies et par la suite le musée de l’Afrique au parc de Tervuren. Maman aimait aussitout ce qui touche à l’art et puis à l’époque mes frères et soeurs lisaient beaucoup donc il y avait toujoursl’un ou l’autre livre qui traînait dans la maison. Chacun avait ses préférences de lectures, François Mauriac,Guy de Maupassant, Émile Zola et d’autres auteurs. J’allais avec ma soeur à la bibliothèque où chez unbouquiniste. Toute jeune, j’aimais beaucoup lire les contes de Grimm, conte d’Andersen, conte africain.
Au départ j’ai touché un peu à tout, l’art a été pour moi salvateur une manière de m’évader, j’aimeégalement le théâtre petite j’ai été choisie pour jouer Mowgli (du livre de la jungle), j’étais petite et trèsfluette, maman était vraiment contente quand elle m’a vue sur scène, on aurait dit que le rôle était faitpour moi, j’étais une enfant sensible, je le suis restée d’ailleurs.
S. J. : Quels sont vos matériaux de prédilection ?
Z. A. : J’aime peindre à l’acrylique sur toile, comme j’aime tisser également.L’art du feu et la céramique me vont bien aussi, l’aquarelle me convientégalement. Peindre à l’huile c’est moins gai, car il faut attendre plus longtempsque la couleur sèche, ce qui freine alors ma spontanéité.
S. J. : Peignez-vous de manière figurative ou plutôt abstraite ?
Z. A. : Je pars d’une image imaginaire figurative vers l’abstrait. Quelquefois jene sais pas ce que je vais réaliser.
S. J. : Y a-t-il des thèmes ou des sujets que vous affectionnez en particulier ?
Z. A. : Je laisse aller mon imagination, parfois il m’arrive d’être devant cette toile blanche et puisspontanément le tableau ce construit, il y a chez moi une certaine nostalgie du pays de soleil de mesorigines, des souvenirs de vacances, la lumière, la clarté, j’aime toutes les couleurs chaudes ,vivantes etchaleureuses, elles me procurent un plaisir intense, mon leitmotiv ma différence c’est ma force, je veux tendre vers la lumière donc le jaune et l’orange j’aime beaucoup le rouge également, je me sensappartenir à deux cultures. Petite on me demandait de choisir entre mon pays d’origine ou la Belgique, avec le temps je me sensautant belge que Marocaine ses deux cultures font parties intégrantes de moi. On aurait voulu que je sois assise entre deux chaises, mais moi j’ai trouvé mon équilibre, les deux sontmes cultures, je n’aime pas beaucoup la couleur noire dans la peinture, je l’utilise un peu parfois demanière inconsciente.
S. J. : Peignez-vous un thème en particulière ?
Z. A. : J’ai peint quelques femmes berbères, figuratives… La dernière de mes peintures figurativesreprésente une femme moitié voilée, moitié moderne, comme c’est un sujet d’actualité depuis quelquesannées, cela me dérange fort que l’on s’introduise dans le choix pour la femme de comment doit-elle sevêtir. Je suis une personne ouverte d’esprit à toutes les cultures et pour moi en tant que femme ou artistechacun doit pouvoir être libre de se vêtir comme ils le souhaitent.
J’aime le thème de la ville, les sujets marins m’interpelle également, la graphie arabe, malgré que je nesache pas écrire en arabe, le thème de la porte aussi que j’ai abordée à un certain moment de monparcours, peut être une porte d’une culture à une autre, le thème de la nature aussi me procure du plaisircomme le ciel que ce soit en été ou en hiver, le chemin, la route représente pour moi.
S. J. : Y a-t-il un style que vous aimez en particulier ?
Z. A. : Oui, j’aime William Turner la période romantique, les ciels chez Turner sont extraordinairementbeaux. J’aime la jeune fille à la perle du peintre hollandais Vermeer, je trouve qu’elle a une grâce et uncharme fou cette peinture, c’est un artiste intimiste avec le clair-obscur, les contrastes me parlent,l’architecture Gaudi de Barcelone avec ses mosaïques, le parc Guelle, la Sagrada familia et ses cheminéesoriginales, un artiste avant-gardiste. J’aime beaucoup aussi les expressionnistes ou impressionnistes.
Tout comme l’art égyptien. Je suis une épicurienne. Si j’avais les moyens, je voyagerais beaucoup pourdécouvrir d’autres lieux d’autres cultures.
J’ai une âme d’artiste, j’ai toujours été marginal dans ma famille. Je regarde toujours le monde et ce quim’entoure avec une âme d’enfant que je veux à tout prix conserver. Mon franc parlé et ma spontanéitédérangent quelquefois. Avec le temps, je n’en tiens plus compte. Peu m’importe qu’on m’aime ou qu’onme déteste. Chez les artistes les joies et les peines sont intensifiées.
S. J. : Et votre style s’inscrit-il dans un courant artistique, une époque de l’histoire et/ou en un lieugéographique ?
Z. A. : Mon style ne s’inscrit pas dans un style particulier. Je pars du figurative vers l’abstrait. Je ne me suisjamais posé la question.
S. J. : N’ayant pas d’atelier, comment peignez-vous dans votre espace de travail ?
Z. A. : Je n’ai malheureusement pas d’atelier, je travaille dans ma cuisine ou mon salon, quand il fait beau dans ma cour, je m’adapte. Il m’arrive de partir d’une idée, d’un projet ou de manière spontanée celadépend de l’inspiration du moment ou intuitivement quelquefois dans l’urgence de l’idée qui émerge.
S. J. : De manière générale, comment travaillez-vous vos oeuvres d’art ? Partez-vous d’une idée plus oumoins préétablie que vous essayez d’atteindre et donc travailler dans le but d’accomplir cette idée ? Oubien travaillez-vous de manière plus spontanée, plus intuitive durant l’acte créatif, dont le résultat n’estpas nécessairement précisé en amont.
Z. A. : Non, le résultat n’est pas toujours escompté, parfois le hasard, avec le confinement le fait d’être uneartiste m’a permis de m’évader et de créer, heureusement d’ailleurs.
S. J. : Le lieu d’exposition a-t-il un impact ou une influence sur votre façon de préparer cette exposition, etdonc sur votre travail et/ou le résultat de vos oeuvres d’art?
Z. A. : Le lieu d’exposition ne détermine pas nécessairement la manière pour la créativité sauf si onm’impose un sujet.
S. J. : Travaillez-vous seul ou en collaboration avec d’autres artistes ?
Z. A. : Ici dans notre exposition de trois femmes, je m’étais inscrite il y a plus ou moins trois ans. Cela a étéà chaque fois reporté avec le covid 19 qui est apparu en cours de route et puis j’ai pensé à une expositionet à joindre deux amies, nous n’avions jamais exposé à trois.
Je suis d’une certaine manière une féministe et comme je trouve que l’on ne met pas en honneur lesfemmes l’occasion s’est présentée et j’en suis heureuse pour nous trois, trois amies, trois femmes, troisunivers et expressions artistiques différents, une richesse en soi.
En tant que vice-présidente des femmes prévoyantes socialistes, j’avais organisé des expositions et desprojets. Il y a deux ans, une exposition à été mise sur pied «lutte contre la violence faite aux femmes «,nous avions réfléchi à un thème et un projet commun : « femmes debout à travers l’art » et pour le 8 marsnous avons organisé une « oeuvre commune ».
Hafida Lamarti m’a sollicité, nous espérons trouver un local et mettre sur pied un projet d’asbl arts. Nousn’avons pas d’atelier et voulons retransmettre notre savoir et pouvoir profiter également d’un local pournous motiver mutuellement et faire découvrir et immerger chez les femmes des talents cachés et qu’ellespuissent picturalement créer et peindre avec d’autres projets également.
S. J. : Avez-vous parfois envisagé de cesser de travailler comme artiste pour une autre activité ?
Z. A. : Quand vous êtes une artiste dans l’âme, c’est pour la vie. Même s’il y a eu de longues périodes devie sans réalisation artistique, cela est ancré en vous. J’aurais bien voulu travailler dans mon domaineseulement c’est difficile de percer. Je me rends compte du fait que quelque part ce sont des études pour une certaine classe sociale même sije sais que je pourrais très bien m’en sortir si on me le permettait, cela reste difficile de trouver du travaildans notre art.
Je crois toujours en mes rêves et j’essaye de rester optimiste pour le futur. S’il y a une chose que l’on nem’enlèvera pas, c’est l’espoir et la créativité.
J’ai été obligée de travailler pour nourrir ma famille : un emploi purement alimentaire. Oui, si je pouvaisrevenir dans le passé mes choix auraient pu être différents
S. J. : Parlez-vous avec votre conjoint et avec vos enfants de votre démarche artistique ?
Z. A. : Mon ex-mari ne me tirait pas vers le haut et ne m’a pas suffisamment encouragé ni motivé. Vousfaites des enfants voulus, par amour et puis la vie prend son cours. Mon divorce a été une périodedifficile. Des questionnements… Des remises en question… Et d’une certaine manière unereconstruction…. Je suis heureuse de me retrouver. Et de pouvoir être libre. Ne plus devoir rendre descomptes. Ma maman était mon mentor, elle aimait l’art. Je renais doucement à nouveau. Je vis au jour lejour. C’est pareil dans ma créativité.
Samira Jamouchi: Qu’est-ce qui vous a conduit à entamer et à poursuivre des études artistiques ?
Hafida Lamarti: Dans mon enfance je n’étais pas en contact directe ouindirecte avec le domaine artistique, pas d’influences dans la famille non plusmais j’ai suivi des études artistiques au lycée car j’avais un grand amour pourtout ce qui touche à la création.
La question du choix dans l’orientation de mes études ne s’était donc pasposée. C’était une évidence pour moi et ainsi que pour tout mon entourage,très petite je manifestais un amour pour la couleur le dessin, je reproduisaisen dessin tout ce que je voyais autour de moi vu que je suis née dans unemaison rouge de campagne dans une forêt bien verte : une oeuvre en soi.
S. J. : Le lieu d’exposition joue-t-il un rôle selon vous, a-t-il un impact ou une influence sur votre façonde préparer cette exposition, et sur votre travail et/ou le résultat de vos oeuvres d’art ?
H. L. : Le lieu d’exposition joue un rôle primordial dans la présentation et la mise en valeur des oeuvres parcontre on ne crée pas par rapport à l’endroit de l’exposition, mais son rôle vient juste après la création decette dernière pour s’associer à elle.
S. J. : Quels sont vos matériaux de prédilection ?
H. L. : Il y a l’acrylique, à savoir : la fabrication de la couleur à base de pigments de colle et d’eau.
S. J. : Et quant à la technique ?
H. L. : Elle est mixte : acrylique, collage papier cafté, papier de soie etc.
S. J. : Y a-t-il des thèmes ou des sujets que vous affectionnez en particulier ?
H. L. : Le sujet dans ma peinture est assez présent, parfois il est réaliste mais parfois aussi il est à peinesuggéré. Sans aller chercher très loin, souvent je me trouve en train de construire des murs des ruelles des quartiers et ouvrir des fenêtres portes arcades colonnes etc., des natures mortes comme descompositions florales me font du bien, je suis une grande amoureuse de la nature. C’est en préparant lesupport que l’idée me vient, c’est très rare que je fais des croquis ou ébauches préalables, la forme et lesujet viennent après car le font participe aussi à la création du sujet…
S. J. : Votre style s’inscrit-il dans un courant artistique ?
H. L. : Je n’aime pas devoir classer mon style de peinture dans un mouvement, je suis toujours à la recherchede moi-même avant tout.
S. J. : N’ayant pas d’atelier, comment peignez-vous dans votre espace de travail ?
H. L. : Je travaille seule chez moi en l’absence d’un atelier pour le moment …
S. J. : Avez-vous parfois envisagé de cesser de travailler comme artiste pour une autre activité ?
H. L. : Je suis ouverte à toutes autres propositions de travail, mais à condition qu’elles se rapportent à lacréativité et que je continue toujours à peindre chez moi.
S. J. : Travaillez-vous seul ou en collaboration avec d’autres artistes ?
H. L. : C’est la passion qui fait que je continue à faire de la peinture et à exercer encore dans l’art.
S. J. : Avec le recul, y a-t-il des choix que vous avez faits dans le passé que vous auriez fait de manièredifférente aujourd’hui concernant le choix des matériaux et les techniques utilisées ?
H. L. : Je me sens très bien dans ce que j’ai choisi comme technique et matériaux donc on ne change pas uneéquipe qui gagne.
S. J. : Avec quel autre artiste, philosophe, écrivain, politicien, ou pédagogue auriez-vous aimé parlerde votre démarche artistique ?
H. L. : J’aurai aimé parler de ma démarche artistique à toute autre personne, que ce soit un artiste,philosophe, écrivain, ou autre… car ils me donneront des conseils, des critiques positives ou négatives etj’essaierai d’apprendre de leurs expériences pour m’enrichir culturellement et artistiquement.
S. J. : Parlez-vous avec votre famille, conjoint et vos enfants de votre démarche artistique ?
H. L. : Ma famille me suit et me soutient dans ma démarche artistique. Le soutien de ma famille élargie :frères et soeurs, mon mari, ma fille m’encouragent sans relâche. Ma famille et mes amis sont en contact permanent avec moi pour ne rien rater de l’élaboration de mes oeuvres jusqu’à l’accrochage de l’expo.
Samira Jamouchi: Qu’est-ce qui vous a conduit à entamer et à poursuivre des études artistiques ?
Amina Boujeddaine : Le don d’observation d’abord. Le souci du détail et l’émerveillement des couleurs.C’est ma passion depuis mon enfance. Elle a été enrichie par mes études, suivie par plusieurs expositionset participation à des concours. Et j’ai aussi été encouragée par mesparents pour poursuivre des études artistiques.
S. J. : Le lieu d’exposition joue-t-il un rôle selon vous, a-t-il unimpact ou une influence sur votre façon de préparercette exposition, et sur votre travail et/ou le résultat de vosoeuvres d’art ?
A. B. : Outre ma satisfaction et mon appréciation de mes oeuvres, le lieu peut en effet les valoriser ou lesétouffer, en fonction de l’espace mis à disposition.
S. J. : Quels sont vos matériaux de prédilection ?
A. B. : Peintures sur textile, tissus et différents fil de lin, coton et différent voilage.
S. J. : D’où vient votre inspiration ?
A. B. : Des recherches sur des costumes traditionnels que je traduis en création textile.
S. J. : Peignez-vous de manière figurative ou plutôt abstraite ?
A. B. : Je peins de façon abstraite. Oui, je peins des paysages suggérés par des taches de peintures. J’aime les inscrire dans l’abstraite en partant d’un sujet ou parfois d’accomplir une idée.
S. J. : Y a-t-il des thèmes ou des sujets que vous affectionnez en particulier ?
A. B. : Oui, il y en a plusieurs thèmes, en particulier ceux inspirés par mes origines berbères, tels que des symboles et tatouages que j’utilise en les intégrant dans une vision contemporaine de mon pays d’accueil.
S. J. : Travaillez-vous seul ou en collaboration avec d’autres artistes ?
A. B. : Je travaille seule. Le baguage artistique de mes études me facilite et m’aide à faire aboutir mes créations par la technique.
S. J. : Votre passion d’artiste a-t-elle été ralentie pour une autre activité ?
A. B. : Je ne regrette pas mon choix. Mon activité a en effet été ralentie pendant une certaine période, letemps de fonder ma famille et d’accomplir mon devoir de mère.
S. J.: Qu’est ce qui fait que vous retravaillez maintenant comme artiste ?
A. B. : C’est ma passion. Elle n’a fait que grandir, elle me fait actuellement poursuivre mon parcours artistique avec plus d’acharnement.
S. J. : Avec quels autre artiste, professeur ou pédagogue auriez-vous aimé parler de votre démarcheartistique ?
A. B. : Avec Gilles Soule, mon professeur de critique de l’art.
S. J. : Pourquoi Gilles Soule ?
A. B. : J’apprécie beaucoup sa façon d’écrire et je suis fascinée par son français châtié, ses critiques et ses descriptions très profondes des oeuvres.
S. J. : Parlez-vous avec votre famille, conjoint et vos enfants de votre démarche artistique ?
A. B. : Oui, j’en parle avec mes enfants qui m’encouragent beaucoup.
25 septembre 2021
Samira Jamouchi